Mercredi 8 février 3 08 /02 /Fév 17:05

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Introduction : concordance des mythes

-          La faute de Prométhée

Prométhée = Titan, fils de Japet, nom = « prévoyant, celui qui connaît tout d'avance » (≠ Epiméthée). Ordre du destin, de la tragédie qu’il n’anticipe pas sa chute.

L'intelligence du Titan = nécessaire pour donner au souverain des dieux le pouvoir absolu de lier et de délier, sans quoi sa royauté pourrait toujours être remise en question. Donc P = indispensable aux Dieux mais aussi menace.

P = lié condition humaine, origine de l’Homme / 2 épisodes, Zeus contre Prométhée

1er épisode = ruse du bœuf. Hommes et Dieux partageaient même table et se disputaient, P = médiateur ou héraut. Sacrifice du bœuf, 2 parts égales, viande cachée sous une peau peu appétissante et os sous graisse  brillante. Zeus choisit en connaissance le subterfuge joue le jeu et vengeance : hommes auront une vie brève, séparés des dieux immortels qui auront mets succulents + Les hommes privés de feu

2ème épisode = P vole feu pour les hommes =

Vengeance = Pandore + P attaché Caucase foie dévoré par aigle.

-          Le Golem ou le pouvoir du verbe

Le nom = « cocon » ou « fou » ou « stupide » = créature fabriquée sans conscience de homme ?

= être fabriqué par homme à partir d’argile et qui peut s’animer grâce à inscription sur le front et parchemin glissé dans bouche. « EMET » et « MET ».

Vient d’origine diverses on le trouve dans le Talmud, certaines Ghemara. Les idées

1er = créature de l’homme et non de Dieu qui ne doit pas être pérenne et retourne poussière (Talmud).

2ème = la lettre hébraïque serait dotée de puissance créatrice car associées entre elles les lettres créeraient vie et mort. Pouvoir du verbe, de la création, puissance de homme.

3ème = légende de Rabbi Loew, juif praguois 16ème siècle. (Loewe = lion = loi). Donnerait vie à être en écrivant EMET (vérité), pour le tuer enlever 1er lettre Aleph « MET » = mort. Plusieurs fin, créature trop grande et menaçante, créateur tué par créature trop grande …

Serait une métaphore du peuple juif et entité qui le protège contre pogroms et exterminations.

-          Faust ou la quête de connaissance

Histoire et légende = Entre 1480 et 1540 environ vivait en Allemagne du Sud un certain Johann (ou Georg) Faust. À travers les rares documents, il apparaît sous un jour douteux, tantôt maître d'école aux mœurs suspectes et tantôt charlatan de foire ou astrologue, pas humaniste ou savant. Sa fin reste ignorée, mais, très vite, une foule d'anecdotes amplifient les farces et les prodiges du personnage. Son renom est bientôt attribué à ses pouvoirs magiques, puis, autour de 1580, pour justifier ces pouvoirs, un biographe anonyme, luthérien, lui suppose un pacte formel avec l'enfer, une association avec le démon « Mephostophiles », et enfin, après 24 ans d'aventures et de plaisirs, le châtiment d'une mort terrible, exemplaire avertissement pour tout bon chrétien tenté de faire alliance avec le diable.

Christopher Marlowe tira le sujet drames, La Tragique Histoire du docteur Faustus, joué à Londres peu après 1590. Faust est devenu un homme de la Renaissance : assoiffé de connaissance et d'expériences, il s'associe le diable.

Chez Goethe, le scientifique qui vend son âme au diable pour avoir jeunesse et pouvoir.

-          Frankenstein, un nouveau Prométhée

Le savant Frankenstein tente de créer un homme, mais cette créature lui fait bien vite horreur et le monstre sans nom est condamné à la solitude, à la vengeance et à l'anéantissement final dans les glaces

 

Convient d’expliquer pourquoi toutes ces figures mythiques peuvent se lire et se comprendre comme des expressions de la création de l’Humanité, de l’avènement de la Liberté, de l’affranchissement du Divin par l’humain et donc de l’illustration de l’Hubris.

 

  1. Rapport de la nature et de la civilisation ou le défi de connaissance

-          Définir Hubris dans la pensée grecque = L’hybris (aussi écrit ubris) est une notion grecque que l'on peut traduire par démesure. C'est un sentiment violent inspiré par les passions mauvaises : orgueil, arrogance, violence …Les Grecs lui opposaient la tempérance et modération. Comme c’est une faute envers les dieux, vengeance et punie car crime. Elle rejoint la notion de destin (ou partition = lot, part de bonheur, malheur qui échoit en fonction du rang, place dans famille, par rapport aux dieux). Démesure c’est refuser ce destin.

-          Analyse de la démesure dans les textes = Hommes égo démesurés [Place des pronoms perso = haute opinion qu’ils ont d’eux même / champ lexical de la fierté devant œuvre accomplie / vocabulaire du savoir = êtres supérieurs au commun et donc qui peuvent s’en enorgueillir / voc de exagération, amplification = pas dans la tempérance mais colère] = héros qui rivalisent avec le créateur

-          Donc cette 1er caractéristique = hubris = faute = celle de vouloir créer à la place de Dieu, ou d’accéder à connaissance qui ne nous est pas autorisé :

o        Prométhée = Créateur de Humanité = par l'apport du feu et l'invention des différentes techniques a détourné les hommes de la bestialité et les a arrachés à la vie sauvage. Ce héros culturel, que la cité a mis au centre de sa vision progressiste, est la cible des sectateurs du cynisme, des contestataires qui le tiennent pour responsable de l'abandon de l'état de sauvagerie. Les cyniques sont antiprométhéens, ils protestent contre l'invention du feu, contre la dénégation de la vie sauvage que partagent les animaux et les peuples barbares. Ils prônent le manger cru et la vie simple des premiers hommes qui buvaient l'eau des sources et se nourrissaient de glands ramassés et de plantes cueillies. Refuser Prométhée, c'est entreprendre de déconstruire une société et une civilisation avec symbole = héros.

o        Nouveaux Prométhée : Frankenstein = joue sur le thème du double : savant qui crée un homme = Dieu / mais homme lui fait horreur, sa créature comme Dieu avec les fautes des hommes. On est dans la pure volonté d’égaler Dieu avec la figure du savant qui se découpe (= dans Métropolis, l’Ile du docteur Moreau, Pygmalion, La Piel que habito …) : confusion savant et monstre, créateur et créature. Toujours tension, nature civilisation (au départ fabriqué avec corps d’un assassin, donc animal)

o        Nouveaux Prométhée : Faust (Golem, Dorian Gray). Péché de connaissance : vendre son âme au diable pour avoir jeunesse et pouvoir. Figure moderne de l’intellectuel qui « agace » le pouvoir = // avec le peuple juif. Un titan en révolte contre ce monde mal fait, un héros assez audacieux pour défier la moralité, la société, la religion et pour conclure une alliance avec le démon. Accomplissement de l’esprit et du corps.

 

  1. Rapport de l’homme face à la hiérarchie, un aventurier contre la Tyrannie, audace ou respect ?

-          Une figure idéale de l'humanité moderne qui aspire à la liberté, à l'action, au progrès : Faust, Prométhée, Rabbi Loewe, Frankenstein, cette figure incarne le caractère coupable de la libido sciendi, quand ce désir affirme l'Homme contre son Créateur, le « Titan » qui s’élève contre la Loi associée souvent à la tyrannie. Cela interroge la dialectique entre audace et respect

Faust et ses avatars = figure idéale de l'homme moderne avec sa passion « faustienne » de se réaliser lui-même et de dominer le monde.

-          Faust est même assimilé au savoir humain donc à l’humanité qui se dresse contre dieu : Faust = titan en révolte contre ce monde mal fait, un héros assez audacieux pour défier la moralité, la société, la religion et pour conclure une alliance avec le démon.

-          Rêves de révoltes, de révolution = Prométhée, symbole de l'action qui veut changer le monde, se voit opposer son frère Épiméthée, symbole de la contemplation qui accepte sa destinée et s'en réjouit.

Alors romantisme allemand et français utilisent cette figure prométhéenne pour évoquer celui illustre la liberté contre toute figure de tyrannie : avec idée de pacte = illustration de la liberté engagée dans ce choix fondamental

On identifiera par exemple la figure de Napoléon à Sainte-Hélène au Prométhée enchaîné sur le Caucase, Beethoven compose un opéra accentuant l’importance du créateur de la civilisation comme une métaphore de l’idéal révolutionnaire

Dans le Prométhée inachevé de Goethe, le cri de révolte et de défi du Titan adressé aux dieux compose une scène géniale : « Je ne sais rien sous le soleil de plus misérable que vous, dieux ! [...]. Moi, t'honorer ? À quel titre ? [...]. Qui a forgé cet homme que je suis, sinon le temps tout-puissant et le destin éternel, mes maîtres et les tiens ? [...]. C'est ici que je demeure, formant des hommes à mon image, pour souffrir, pour pleurer, pour goûter les plaisirs et les joies, et t'avoir en mépris, comme moi ! »

-          « A quel titre ? » pose le problème de la légitimité de la loi pour ces hommes supérieurs : pourquoi subir la loi de Zeus ? quelle légitimité ? titan tout aussi légitime. Pourquoi le génial Faust devrait-il être mortel ?

Vision politique et humaniste du mythe prométhéen = Pour la traducteur Shelley qui à écrit un Prométhée délivré, Zeus este jeté à bas de son trône et une personnification de la nature Asia s’unira au génie créateur et explorateur de Prométhée pour inaugurer un règne d’amour, de bonheur et de liberté. Il s’agit de convertir l’échec de la Révolution française en idéaux de progrès, liberté, humanité : cette conversion passe par la métaphore du mythe. C’est une vision athée qui en est donnée

Et en 1841, en conclusion de son avant-propos sur Démocrite et Épicure, le jeune Marx repartira du texte même d'Eschyle pour lancer un cri de guerre qui n'est pas si loin de la prophétie de Shelley : « La philosophie fait sienne la profession de foi de Prométhée : En un mot, j'ai de la haine pour tous les dieux ! Et, cette devise, elle l'oppose à tous les dieux du ciel et de la terre, qui ne reconnaissent pas la conscience humaine comme la divinité suprême... Dans le calendrier philosophique, Prométhée occupe le premier rang parmi les saints et les martyrs ».

-          Les désirs très immédiats du Faust primitif s'y trouvent transfigurés en un désir quasi métaphysique d'infini. Cette aspiration à la Connaissance ou à l'Amour fait toute la grandeur de l'homme – mais en même temps doit inéluctablement le conduire à la ruine, à l'échec et au désespoir ; le pacte avec le diable, c'est l'engagement téméraire avec les forces du mal, qui fatalement corrompront un jour le héros, ou du moins l'écraseront.

On parle alors d’un mythe parangon de l’aventure humaine

 

  1. Une relation qui porte la marque de la révolte, de la culpabilité, de l’échec

-          Alors homme aveuglé par l’orgueil, être qui veut concurrencer Dieu, révolté héraut des révolutions : il y a un prix à payer et la question de la faute interroge celle du châtiment. Dès qu’il y a défi, il y a un risque encouru. On peut digresser sur celui qui joue à l’apprenti sorcier : Chamisso et son Etrange histoire de Peter Sclemilh, Dorian Gray, le mickey de Fantasia, notre humanité et son rapport avec la bombe H … on peut réfléchir à la notion de progrès et aux risques encourus par cette notion de catastrophe. Notre Rabin ne maîtrise plus sa créature qui devient un monstre et non le sauveur de l’identité juive, l’humanoïde de Métropolis est un monstre destructeur tout comme l’ordinateur de 2001 l’Odyssée de l’espace.

-          Alors cet homme peut être vu comme un aventurier créateur d'une humanité nouvelle, de la civilisation, un insurgé vaincu, torturé par le dieu qui le tient captif, refusant tout remords et toute résignation, celui enfin qui a tenu en échec par sa seule connaissance la toute-puissance du dieu et qui arrache à Zeus la reconnaissance d'une liberté neuve.

-          Chaque époque traita aussi la culpabilité et la Faute différemment : il peut ne pas y avoir culpabilité du tout. A la Renaissance, il est cet homme qui éprouve un élan confus vers la science, le pouvoir, le plaisir : en concluant un pacte avec le diable, l’homme s’éloigne de Dieu et renie cette fidélité que l’époque à besoin de cultiver. Alors même si on admire cet élan on doit le condamner : car, dès lors qu'on prend au sérieux le pacte avec le démon, l'histoire de Faust est l'histoire d'un pécheur, entraîné, dans cette vision religieuse, par le poids d'une faute considérée comme inexpiable.

-          L’homme prométhéen n’a rien perdu de son actualité, ou plus exactement qu'ils ont recouvré une actualité significative, surtout depuis la catastrophe allemande et la bombe atomique : car ce sont là deux signes manifestes attestant que l'enthousiasme « faustien » pour la science ou pour la grandeur recèle toujours quelque tentation diabolique, quelque vertige fatal. Nous comprenons mieux, aujourd'hui, que l'homme n'écarte pas si facilement de sa vie le mal ou l'erreur, bien plus, que ses plus beaux élans, que ses pouvoirs démesurément accrus restent foncièrement ambigus.

-          Le pacte diabolique garde donc sa valeur symbolique. En fait, il exprime combien la liberté humaine est capable de s'engager à fond dans le mal, jusqu'à se lier à lui et à s'aliéner tout à fait. C'est même le désir le plus profond de l'homme (désir d'éternité, impatience des limites ou volonté de s'affirmer) qui l'induit en cette tentation radicale. Faust nous rappelle en somme que tout homme doit choisir, engager sa liberté entre le bien et le mal ; ici, plus précisément, entre la fidélité à Quelqu'un et l'aliénation à un Autre. Par contre, même si la structure chrétienne du drame vient à s'estomper, tant qu'on prend au sérieux le mal et l'aliénation qu'il représente, tant qu'on reconnaît l'ambiguïté des désirs et des élans de l'homme, Faust peut continuer à incarner le double vertige qui (c'est le sens de cette histoire) est au cœur même de la condition humaine. Délivré de ce vertige, Faust est-il encore lui-même ? Traduisons : l'homme est-il encore lui-même ?

 

Conclusion : Ainsi l'esprit prométhéen se lie-t-il au romantisme même, récupérant une tension dramatique que l'utilisation du mythe par la philosophie des Lumières n'avait guère recherchée. La liste des œuvres qu'il inspire encore va s'allonger considérablement, mais on peut se demander si Prométhée continue d'offrir un symbole propice à une humanité pour laquelle la reconquête d'elle-même contre tout dieu a cessé d'apparaître comme un problème obsédant. Le mythe tend à se résorber dans un moralisme individuel du sacrifice créateur : c'est ainsi que Gide, liquidant sous le masque de la bouffonnerie le conflit profond de ses jeunes années, parodie le vieux Titan dans son Prométhée mal enchaîné (1899). Fabricant d'allumettes, en rapports point trop hostiles avec le banquier Zeus, Prométhée met toute sa joie masochiste à nourrir de son foie un aigle, et fait une conférence : « Premier point : il faut avoir un aigle. Deuxième point : d'ailleurs nous en avons tous un. » Et puis, un beau jour, comprenant le ridicule de son délectable supplice, il tue son aigle pour le manger à son tour.

Coïncidence étrange : c'est l'âge de la mort de Dieu qui réduit le mythe à ne plus prêter qu'à rumination vertueuse ou à parodie désinvolte. Et c'est pourtant le héraut de la mort de Dieu, Nietzsche, aventurier porte-feu, insurgé, qui refuse de se renier dans les souffrances de son drame personnel, annonciateur d'une liberté nouvelle et d'un rire neuf, qui a su le mieux inventer la démarche d'une pensée et d'une vie authentiquement prométhéennes.

 

 

Bibliographie

- Eschyle, Prométhée enchaîné

- Calderón, La Estatua de Prometeo, 1669

- Goethe, Prometheus, Pandora

- Schubert, Prometheus

- Shelley, Prométhée délivré,

- Marx, Et en 1841, avant-propos sur Démocrite et Épicure, 1841

- Gide, Prométhée mal enchaîné (1899).

- Gustav Meyrink, Le Golem

- Isaac Baschevis Singer, Le Golem

- Christopher Marlowe, La Tragique Histoire du docteur Faustus, 1590

- Honoré de Balzac : Melmoth réconcilié (1835) 

- Thomas Mann, Le Docteur Faustus (1949), traduction de Louise Servicen

- Jean Giono : Faust au village (1950)

- Mikhaïl Boulgakov : Le Maître et Marguerite (1966-67), traduction de Claude Ligny

- Michael Swanwick : Jack Faust (1997), traduction de Jean-Pierre Pugi.

- Chamisso (1804), Grabbe (Don Juan et Faust, 1829), Lenau (1836), Heine (1856). L'inspiration est différente dans l'opéra de Spohr (1816), les Scènes pour le Faust de Goethe de Schumann (1853)

- Musique : Le thème faustien se prête à des évocations fantastiques où se sont plu les compositeurs romantiques (scènes sataniques, nuit de Walpurgis). On pourra les comparer dans trois extraits musicaux :
Berlioz: La Damnation de Faust (1846) (4ème partie)
Gounod : Faust (1859) (début de l’acte V)
Liszt : Méphisto-valse II (1881).

- Cinéma :

Friedrich Wilhelm Murnau : Faust, une légende allemande (1926)
René Clair : La Beauté du diable (1949)
Brian Yuzna : Faust, Love of the Damned (2001).

Par dma1 - Publié dans : Vers une définition du mythe
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