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Le mythe : une explication, représentation du monde

 

« Tout mythe est un drame humain condensé. Et c’est pourquoi tout mythe peut si facilement servir de symbole pour une situation dramatique actuelle » (Gaston Bachelard).

 

1. Vers une définition du mythe

Le mot vient du latin mythos (fable), lui-même emprunté au grec muthos (parole) et relève à la fois de la parole et du récit : Il est la transmission par la parole d’une histoire que l’on raconte, d’un sens. Sa transformation aux cours des siècles permet alors de le définir comme « un récit, une fable qui se transmet par la parole et qui est porteur de sens, d’enseignement ». Parole - récit - communication.

Le mythe est un récit épique et merveilleux, une allégorie qui se réfère aux commencements, à un ordre du monde antérieur « in illo tempore », et il se veut explication de ce qui régit notre univers, du microsome au macrocosme, de l’humain au divin. Il a pu se concevoir comme une représentation d’un état idéalisé de l’humanité. Sa valeur apologétique lui insuffle une puissance argumentative par le détour et le merveilleux, que ne possèdent pas les ouvrages historiques.

Explication, expérimentation, transmission. Il expose une histoire sacrée qui a existé -ou supposé avoir existée, rendue en tout cas vraisemblable par l’exemplarité- avant notre existence et qui va servir de modèle. Alors l’homme en mimant la geste sacrée et primitive sort du profane pour rejoindre le sacré. Le mythe sacralise l’évènement. Il a alors une valeur d’exemplarité : que la société soit basée sur un système manichéen de pensée ou pas, le mythe transmet du positif, il s’éloigne de toute velléité mercantile, utilitaire. On est dans le réflexif, l’intellectuel. L’homme se construit en tant que conscience réflexive « cogito ergo sum ». L’homme doit réfléchir au sens de la parabole et sa morale doit cheminer. Que signifie la phrase prononcée par Œdipe quand il se crève les yeux « ô obscurité, ma lumière ! ». c’est en réfléchissant sur l’histoire d’Œdipe que l’homme comprendra le sens et la portée philosophique de la phrase.

Il permet de donner un sens à l’existence à la fois personnelle et collective. Il ne raconte plus des choses qui appartiennent à l’improbable, il devient une forme de pensée collective. Sa valeur intrinsèque servira de modèle à la société. Il est le fondement d’une culture commune, un liant. Ferment social, il permet aux sociétés de s’enraciner et de trouver une philosophie de vie politique, religieuse, cultuelle ou culturelle. Une société se fonde sur sa mythologie propre. Le mythe interroge le rapport de l’homme en tant que conscience intellectuelle par rapport à son monde, sa société : en ce sens le mythe est un élément de sociabilité. Pour que le mythe existe, il faut que la société y adhère, s’y reconnaisse. Alors chaque mythe est tributaire de sa culture et diffère de celle du voisin.

Si la vérité émerge du mythe, il convient de prendre de la distance par rapport à la valeur de réalité de l’histoire : le mythe reste littérature. Tributaire de sa littérature il est façonné par le passé mais aussi par le futur qu’il anticipe et projette.

 

2. Tout est mythe ?

Barthes s’éloigne sur le sujet de Mircéa Eliade. Si ce dernier associe mythe et symbole en montrant que les sociétés adhèrent aux symboles qui les ont constituées (drapeau), et se rapprochent en ce sens des sociétés archaïques,  il montre que les sociétés modernes s’éloignent du mythe, qui n’a plus aujourd’hui la même valeur structurante.

Il en va différemment pour Barthes : tout est mythe. Le postulat de départ demeure le même : le mythe est une parole et non pas un objet figé, qui transmet un message. On entre dans un système de communication. Ce qui détermine le choix de ce qui va devenir mythe, ce n’est pas sa nature, mais l’Histoire dans laquelle il s’insère. Alors pour Barthes, tout peut devenir mythe, toute forme verbale ou visuelle. Ce qui lui permet d’exister c’est la société, l’histoire dans laquelle il s’insère qui lui confère une raison d’être. Elle seule décide de le sortir de l’état de forme pour accéder au statut de mythe et de disparaitre. Donc il n’est pas eternel. On parle de langage et de transformation : tout mythe est déjà façonné pour aller vers une  communication choisie. Il y a une conscience signifiante derrière le mythe. Le langage est bien une forme qui donne un sens et qui permet de transmettre. Et parce qu’il est langage, le mythe est étudié par la sémiologie, science qui s’attache à révéler les significations, les valeurs. Cette science ne peut rendre compte de la vie entière mais elle participe à l’élaboration d’un savoir sur le mythe au même titre que la mythologie qui, en tant que science historique relève de l’idéologie. . Il convient de porter un jugement critique et politique selon Barthes sur cette nouvelle « mythologie » qui est une expression de société « bourgeoises », « mondialisées » dirait-on aujourd’hui.

C’est là que le discours de Barthes (et son projet) devient idéologique. Le mythologue, en dévoilant l’aliénation que la société bourgeoise fait subir au langage, redonne à la mythologie sa part active, sa valeur politique. Mais il reste à l’écart de l’action, dans une position ambiguë : il n’agit pas, il parle sur. Il s‘éloigne aussi de la société en refusant la consommation du mythe et même en le détruisant par le discours qu’il porte dessus. Enfin, parce qu’il ne peut que parler sur l’objet, sans atteindre le réel, il risque de le faire disparaître. Il lui reste à choisir entre une conception du réel entièrement dans l’histoire (discours idéologique) ou à la manière de la poésie chercher le sens inaliénable des choses. Mais la synthèse des deux permettraient une réconciliation entre l’homme et le réel qui l’entoure.

 

 

3. Les fonctions du mythe

Expliquer les origines du monde et de l’homme (cosmogonie)

C’est chercher une réponse sur l’origine du monde, de l’univers, tenter d’expliquer à travers la parabole, le symbole, la médiation de dieux la genèse, les phénomènes naturels, l’évolution, l’apparition de l’homme …Ces mythes déterminent les relations entre l’homme et le sacré.

Ce mythe comble une lacune dans l’explication que l’homme se donne des choses de la vie. C’est parce que l’homme ne comprenait pas les origines de son espèce qu’il cherche une histoire. Telle est la fonction du mythe.

 Le déplacement du soleil dans l'espace embrasé est expliqué par le mouvement d'un char à timon d'or, à roues de feu, que conduit d'une main sûre un dieu resplendissant : c'est le mythe de Sûryâ, dans le mysticisme hindou, et de Phoibos-Apollon chez les Anciens.

L'arc-en-ciel, c'est l'écharpe que déroule dans sa course aérienne la messagère des dieux, Iris au vol rapide, aux chevilles ailées.

La foudre, c'est la colère de Zeus-Jupiter Tonnant, c'est le mouvement de son ombrageux sourcil.

Le volcan, au cratère hagard et monoculaire, vomissant des blocs de lave, c'est le géant Polyphème (le « Verbeux »), le Cyclope qui jette dans la rade où mouille le vaisseau d'Ulysse d'énormes quartiers de roches.

L'inconcevable pourvoir destructeur du temps, qui abolit ce qu'il a permis d'édifier, l'homme primitif se l'explique par l'image d'un dieu dévorateur de ses propres enfants. C'est le mythe du cruel Chronos-Saturne.

Ouranos et Gaïa / Cronos et Rhéa / le mythe des cinq âges / Prométhée / Adam et Eve / L’Atlantide 

 

Expliquer la place de l’homme dans le monde : fonction sociale

Le mythe permet d’assurer la cohésion d’un groupe social en prenant exemple sur les icones héroïques qui servent de modèles ou de contre-modèles (revenir plus tard sur déf. Héros). Mais le mystère qui semble avoir frappé le plus souvent l'imagination est sans doute celui qui s'attache au surhomme, au héros. De là l'ensemble impressionnant, des mythes épiques. Nous pouvons parfois saisir le passage de l'histoire à la légende. On assiste alors à la naissance du mythe. Ainsi Charlemagne et son neveu Roland ne sont qu'à demi légendaires. Le chevalier Bayard appartient à l'histoire ; mais, par l'ampleur de ses exploits, il entre tout droit dans la légende, et sa figure prend la grandeur du mythe. La rumeur des peuples peut « mythifier » le héros (Charlemagne, Alexandre). Le héros devient un modèle social, un exemple à suivre par les valeurs qu’il véhicule et qui sont les ferments d’une société ou alors sa fatale destinée, son orgueil, sa démesure sert de repoussoir et d’appel à la tempérance.

Sisyphe, Danaïdes (vanité de l'effort humain)

Patrocle, Hector, Achille dans l'Iliade, et Siegfried, Gunther dans La légende des Nibelungen.

Jason, de Thésée, d'Œdipe ou d'Agamemnon.

 

Expliquer la place de l’homme dans le monde : fonction morale, éthique

Le mythe peut servir de modèle, faire évoluer l’homme, lui donner une leçon.  Il exprime les pulsions inconscientes de l’individu et a une valeur cathartique. La mythologie, la tragédie antique, les essais modernes qui réécrivent le mythe nous donnent des exemples, des leçons qu’il convient de modifier (cf : visée des moralistes du XVII qui retournaient aux sources antiques pour exprimer leur morale). Généralement une rédemption, un rachat est possible pour tenter de « réparer » l’affront ou le crime. Le personnage doit effectuer une série d’épreuves.  La pénitence peut être plus ou moins longue. La fonction explicative et la fonction éthique sont généralement mêlées.

Psyché est punie de sa curiosité, et, pour avoir ouvert contre la recommandation de la déesse le coffret que lui avait remis Proserpine, elle est horriblement défigurée.

Niobé, pour s'être glorifiée de la beauté de ses enfants et avoir oublié la modestie qui sied à une mortelle, voit ses fils succomber sous les coups d'Apollon, ses filles frappées des flèches de Diane.

 

Mettre des mots sur l’inconnu et libérer des angoisses

Il permet de mettre des mots sur l’inconnu et peut traiter de façon provisoire ou définitive l’angoisse métaphysique. Les voyages d’Ulysse, la descente aux enfers …

Le mythe tente de donner une réponse aux différentes interrogations métaphysiques qui génèrent l’angoisse.

 

Une dimension sociologique

Certains mythes ont une dimension sociologique et puisent leurs racines dans l’inconscient collectif en prenant une valeur symbolique. Comme le souligne Barthes, c’est l’Histoire que les fait exister dans une société donnée. Et le mythe évolue, se transforme en fonction du contexte sociologique dans lequel il est ancré. Conception collective, croyance vague, de goût, de culte, ou d'adoration laïque spontanée. Ces aspirations, qui s'entourent de tout un décorum, d'habitudes quasi rituelles (mise en scène d'un match de football, présentation d'un film, signature d'autographes...) ne sont pas nées de l'imagination constructive et consciente, mais, comme le rêve, des désirs refoulés du subconscient collectif.

® Le mythe de la vedette, de la vitesse, du sport.  On retrouve par exemple le mythe du surhomme invincible dans les personnages de super-héros.

 

4. Vers une définition rapide du symbole

Mythe, héros, symbole, ces trois notions ne peuvent être dissociées.

Le sens courant assimile le symbole à l’emblème dans le sens où il représente quelque chose. La colombe est le symbole de la paix, le lion est le symbole du courage, la croix latine est le symbole du christianisme, le sceptre et la couronne sont les symboles de la royauté, ou du pouvoir. Alors on est dans la concrétisation d’une notion abstraite.

Le mot a une étymologie grecque sumbolon, « je joins » et il définit un objet coupé en deux, partagé entre deux individus différents. Et la possession de ces deux parties d’objet par deux êtres différents leur permet de se rejoindre, de se reconnaître.

Le symbole a au moins trois fonctions : il montre, réunit et enjoint

Il montre ou rend sensible tout ce qui ne l’est pas : valeurs abstraites, vices, vertus … et souvent il est exclusif pour que chacun puisse le reconnaître (retrouver la deuxième moitié de l’objet) sans qu’il y ait contestation sur le contenu, le sens : l’orgueil = paon, courage = lion. Il a une valeur sociale et se construit autour d’un consensus (de même pour le symbole logico-mathématique).

Il réunit (ou peut exclure) : fonction emblématique d’appartenance à un parti politique, à une société. Exemple d’un drapeau national, des emblèmes religieux.

Il n’y a pas de symbole sans la communication par le symbole. Avec le symbole on peut s’adresser à autrui.

Il enjoint. La fonction d’injonction peut être plus ou moins explicite : le sceptre et la couronne ne se contentent pas de signaler le pouvoir ; ils invitent à le respecter. C'est ainsi que le mobilier de majesté ou d'honneur (trône, podium...) participe également à des fonctions de signalisation et de prescription : c'est ce que comprend bien Charlie Chaplin lorsque, dans Le Dictateur, il tente d'installer Napoloni (Mussolini) sur un siège ridiculement bas, de telle manière que lui-même (représentant Hitler), malgré sa petite taille, puisse aisément le dominer. Fonction symbolique, fonction psychologique et fonction technique apparaissent ici inextricablement liées.

 

TEXTES

- Roland BARTHES, Mythologies, 1957.

- Mircea ELIADE, Aspects du mythe, 1957.

- Pierre SMITH, article « Mythe », Encyclopaedia Universalis, 1985. 

- Jean-Paul VERNANT, entretien avec François Busnel, « L’express », 26/06/2003.

- Le Robert, dictionnaire historique de la langue française, sous la direction de Alain Rey, 1992

Par dma1 - Publié dans : Vers une définition du mythe
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